La Traviata à l’Opéra national de Paris avec Diana Damrau, mise en scène Benoît Jacquot

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Retour à l’Opéra Bastille hier soir pour Louis. Et quel retour puisqu’il s’agissait de la première de La Traviata le célébrissime opéra de Verdi.
On ne sait pas par où commencer pour vous présenter cette œuvre.
Composée au milieu du XIXème siècle par Verdi, La Traviata a connu des débuts difficiles avec une création manquée et une censure obligeant le compositeur à transposer l’action à l’époque de Louis XIV. L’opéra est inspiré du roman d’Alexandre Dumas fils La Dame aux camélias, lui-même inspiré de la vie d’Alphonsine Duplessis, mondaine parisienne du XIXème siècle. L’oeuvre de Verdi retrace la vie de la courtisane Violetta Valéry dite La Traviata (littéralement la femme sans morale, la dévoyée) qui tombe folle amoureuse mais qui doit renoncer à son amour (par amour) pour ne pas entacher la réputation de la famille de son amant et qui finit par mourir seule de la tuberculose alors que son amant, ayant compris le sacrifice de sa bien-aimée, accourt à son chevet quelques instants avant le dernier soupir de celle qu’il a tant aimé.
Pour le metteur en scène Benoît Jacquot « La Traviata c’est le drame et même le mélodrame absolu », « c’est la chute d’une femme ». Amour, passion, folie, sacrifice, solitude La Traviata c’est un mélange de sentiments forts et violents, tout ce que nous aimons à l’opéra. Impossible de rester insensible au sacrifice d’une femme malade, aux échanges vocaux sublimes et presque intimistes entre Violetta et son beau-père, à ses déclarations d’amour fiévreuses. Sur scène, on assiste à la fin d’une femme du monde qui succombe petit à petit à son mal et qui brûle de fièvre et d’amour.
Nous avons tous une Traviata en tête : Angela Gheorghiu, Patricia Ciofi, Mireille Delunsch, Natalie Dessay… Hier soir c’était Diana Damrau qui incarnait ce personnage mythique. La soprano-star a décidé de consacrer une grande partie de la saison 2013/2014 à ce personnage de légende avec des représentations à Londres aux mois d’avril et mai, puis Paris en juin et Munich en juillet. Dans le rôle de l’amant fougueux Alfredo Germont on retrouve le ténor Francesco Demuro dans un rôle qu’il connaît bien et qu’il a notamment chanté dans les arènes de Vérone. Mais surtout, c’est le baryton français Ludovic Tézier qui interprète le père Giorgio Germont comme dans la fameuse production du festival d’Aix-en-Provence avec Natalie Dessay. On aime beaucoup la générosité et accessibilité de Ludovic Tézier et le rôle de Giorgio Germont est notre préféré dans l’opéra. Les échanges avec Violetta sont sublimes et ses interventions apportent toujours à l’histoire une profondeur nouvelle. Dans la fosse avec l’orchestre de l’Opéra national de Paris, le chef Daniel Oren, grand spécialiste de Verdi et directeur artistique du Théâtre municipal Verdi à Salerno.
Enfin pour la mise en scène Benoît Jacquot. Le réalisateur du film Les adieux à la reine, a déjà mis en scène notamment Werther à plusieurs reprises. Nous sommes en général très favorables à ces passerelles entre monde du cinéma/théâtre et opéra. La vision qu’il propose dans son interview (disponible sur le site de l’Opéra national de Paris) nous plaît.
Et sur scène ?
Les lumières s’éteignent, Daniel Oren entre dans la fosse, applaudissements nourris. Voilà, on y est.

L’interprétation de l’ouverture est légèrement alourdie à notre goût et manque ce côté vaporeux, insaisissable que l’on apprécie traditionnellement dans cette pièce. Le rideau s’ouvre sur un lit immense installé sur scène. Évocation de la courtisane? De la malade? Sûrement les deux. En tout cas, belle idée. Le chœur installé en fond de scène est menaçant, tout en noir, figé, annonciateur du drame à venir. Habile. Diana Damrau ne nous convainc pas tout de suite. Il faut attendre de la retrouver seule sur scène (E strano !, E strano !) pour la voir prendre réellement possession de l’opéra Bastille mais là encore, on trouve cela parfois trop nerveux et même poussif notamment pour le fameux Sempre libera. Belle surprise avec le ténor, enrobant, agréable, simple. Prestation scénique réussie, il arrive à apprivoiser l’impressionnant volume de l’opéra Bastille. Bravo au baron Fabio Previati qui en peu de temps impose une belle présence. A la fin de cette première partie, on trouve que si le lit est une bonne idée, la mise en scène reste un peu simpliste avec très peu de jeux de lumières.

Après le premier entracte la scène est coupée en deux avec une partie consacrée au jardin de la maison de campagne de Violetta et Alfredo et une autre à la scène de la fête avec un escalier monumental. Pour le jardin, un grand arbre occupe la scène. La lumière baisse au fur et à mesure de la journée qui passe. A la fin, il ne reste qu’une petite lanterne à la flamme vacillante pour la déclaration enflammée de Violetta. Parfait. On reste toujours sur notre faim avec Diana Damrau qui manque un peu d’émotion. La technique est là, indéniablement mais parfois, un zèle de fragilité donne un rendu de faiblesse. Par contre, et c’est ce qu’on retiendra de cette production, immense prestation de Ludovic Tézier dans le rôle du père Giorgio Germont qui surpasse vocalement toute la distribution. Notre passage préféré, les échanges entre lui et Violetta, sont réussis.

Pour la scène de fête la mise en scène a une touche plus amusante avec des hommes déguisés en bohémiennes et des masques de chevaux et de taureaux. Pertinent pour représenter cette ambiance de fête du Paris du XIXème siècle. Le chœur est excellent, tout simplement. Le chef Daniel Oren continue d’appuyer lourdement sur les nuances. On n’est pas forcément adepte. Le final de ce deuxième acte est superbe et nous laisse presque comme assommé.

Enfin, dernier lever de rideau pour le dernier acte. Le même lit du début est toujours sur scène mais le tableau est décroché, les draps sont inexistants, le matelas roulé. Violetta Valéry est allongée à côté sur une méridienne, mourante. Cette fois-ci, on apprécie la direction du chef. Le drame imminent est un contexte parfait pour bien appuyer sur les nuances. Diana Damrau est cette fois magistrale. Addio del passato est sublimé grâce à une douceur rare. Quant aux retrouvailles avec Alfredo on y est, on y croit. Alors que l’on connaît l’oeuvre par cœur on est surpris de l’effusion avec laquelle les deux amant se tombent dans les bras. Les dernières paroles de Violetta, ses conseils à Alfredo, l’orchestre qui prend des airs de cortège funèbre, et la mort de la Traviata nous émeuvent plus que de raison. Soulignons la prestation de Cornelia Onciou qui campe une Annina réussie et convaincante.

Alors que retiendrons-nous de cette production ?

En premier lieu et sans hésiter une seule seconde, on retiendra un Ludovic Tézier éblouissant qui donne à cette Traviata ses véritables lettres de noblesse. Ensuite, on gardera en tête le dernier acte très très beau, tout en fragilité et très réussi. Par contre on reste un peu déçu par Diana Damrau qu’on imaginait plus exceptionnelle et par la mise en scène qui, même si elle est de bon goût et respecte l’oeuvre, manque d’audace.

On y retourne fin septembre. Nous comparerons nos impressions à ce moment-là.

La dernière production à Bastille à laquelle nous avons assisté c’était il n’y a pas si longtemps. 

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3 thoughts on “La Traviata à l’Opéra national de Paris avec Diana Damrau, mise en scène Benoît Jacquot

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