Concert : la Chambre Philharmonique et Emmanuel Krivine à la Cité de la Musique

© Katchooo - Flickr

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Nouvelle soirée à la Cité de la Musique avec la Chambre Philharmonique et Emmanuel Krivine avec un programme presque exclusivement consacré à Berlioz.
L’ouverture de l’opéra Béatrice et Bénédict, directement inspiré de Shakespeare, est une œuvre courte et relevé du compositeur français. Tutti et allegretto nous permettent de rentrer immédiatement dans le vif du sujet !
On poursuit ensuite avec les célèbres Nuits d’été. Il s’agit d’un cycle de six mélodies sur des poèmes de Théophile Gautier. On y trouve une délicatesse orchestrale rare. Des airs des Troyens nous reviennent en tête comme Nuit d’ivresse. Mais ici il s’agit surtout de tristesse puisque le poète pleure la disparition de sa chère et tendre. Habituée des très grandes salles mondiales (Théâtre des Champs-Elysées, Metropolitan, Liceu…) la mezzo Michèle Losier, lauréate du concours Reine Elizabeth en 2008, interprète ici ces chants. Son timbre rond et sa présence en font une cantatrice à part.
Enfin, point de Berlioz avec orchestre sans la fameuse Symphonie fantastique. Œuvre magistrale qui bouleverse totalement les codes avec un orchestre aux dimensions démesurées et l’avènement de la musique à programme saluée à l’époque par Liszt lui-même. Berlioz très amoureux y raconte de manière métaphorique sa propre histoire et s’inspire également de Faust pour cette symphonie qui raconte l’histoire d’un homme qui tente de se tuer par amour en prenant de l’opium mais pas suffisamment pour mourir ce qui le plonge dans des rêveries à la fois cauchemardesque et shamaniques.
Mais avant Berlioz, la soirée démarre avec une œuvre très courte d’Henri Dutilleux, une fanfare pour petit effectif, hommage à Rostropovitch pour ses 70 ans et qui fut créé en 1997 au Théâtre des Champs-Elysées.
Pour cette soirée la Chambre Philharmonique, ensemble à instruments d’époque qu’on ne présente plus et à sa tête son charismatique fondateur Emmanuel Krivine, dont la direction élégante nous a toujours séduit.
Résultat ?
Passons rapidement sur la très courte oeuvre de Dutilleux interprétée hier soir par les élèves du Conservatoire avec brio, pour passer au cœur du programme.
L’ouverture de Béatrice et Bénédict ouvre le bal avec un Emmanuel Krivine impeccable en costume/cravate. Il se dégage un souffle et une puissance surprenant pour la Chambre Philharmonique. Le chef est souple, ses gestes sont aériens. L’ensemble et Emmanuel Krivine prouvent encore une fois et sans que cela soit nécessaire (nous sommes depuis longtemps convaincus de la très haute qualité de l’orchestre) qu’ils sont bons dans tous les répertoires. Cette ouverture de Berlioz devient sous leurs doigts légère et pétillante. Bravo. 
Avec les Nuits d’été Michèle Losier fait son entrée sur scène. Mais la mezzo met trop d’effets dans son interprétation et la prononciation n’est pas irréprochable. Elle ne nous convainc pas. Les six poèmes de Théophile Gautier sont chantés de manière similaire avec parfois quelques faiblesses. Krivine par contre est décidé, concentré, précis et donne un rendu musical très coloré, très berliozien finalement. 
Enfin après l’entracte, la célébrissime Symphonie fantastique. Au risque de se répéter, l’orchestre et son chef sont impeccables. Krivine réussit dès le premier mouvement, le pari improbable d’allier fougue de la jeunesse et maturité de l’expérience. Dans le second mouvement les quatre harpistes sont ennivrants. Le rythme de la valse est bien marqué. Dans le troisième, la salle est tenue en haleine et la musique s’étoffe d’une belle profondeur dramatique. Dans le quatrième mouvement, on assiste à une véritable Marche au supplice. Les instruments sont comme vivants et accompagnent le condamné tel un cortège funèbre. Belle prouesse. Dans le cinquième et dernier mouvement, les artistes ont le soucis du détails et chaque effet est élégamment appuyé. De manière générale on sort bluffé de cette interprétation. Profonde, forte, délicate… tout est juste, il n’y a pas d’excès, et si l’interprétation est terriblement respectueuse de la partition, on a quand même l’impression d’entendre l’oeuvre pour la première fois. 
Avec la Symphonie fantastique, hier soir l’excellence a eu un visage, celui d’Emmanuel Krivine et un son, celui de la Chambre Philharmonique. 
Le concert est à voir ou à revoir sur les sites de la Cité de la musique et des concerts Arte. 
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