Concert : John Nelson, l’Orchestre de Chambre de Paris et leurs invités

 

© Louisleclassique

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Voilà quelques temps que nous ne nous y étions pas rendus. Rendez-vous fut donc pris hier soir pour un concert de l’Orchestre de Chambre de Paris au Théâtre des Champs-Elysées. Au programme, du romantique et du narratif avec Méhul et Beethoven. Présentation et compte-rendu.

Déniché par Gluck, précurseur de Berlioz, Etienne Nicolas Méhul est un compositeur français majeur et trop peu connu. Il a pourtant à son actif une trentaine d’opéras, entre autres ! Il compose également de nombreux chants patriotiques pendant la Révolution française. Bien vu par l’empereur Napoléon Ier il sera l’un des premiers Français à recevoir la Légion d’Honneur. L’opéra Le jeune Henri est un échec à sa création. Mais son ouverture, La chasse du jeune Henri est un immense succès. Le thème développé par les cors donne envie de monter à cheval pour aller chasser le cerf dans la forêt de Rambouillet. Berlioz, en tant que critique, parlera de « chef d’oeuvre du genre descriptif« .

Le concert se poursuit avec le concerto pour piano n°2 en si bémol majeur de Beethoven. Souvenez-vous nous étions allés écouter le n°4 il y a quelques jours avec Vanessa Wagner. Ici on écoute un autre des cinq concertos de Beethoven, moins célèbre que le n°3 et n°5 et peut-être un peu plus mozartien dans son influence (l’écoute du premier mouvement est significative). Ce concerto, dont la composition a démarré bien avant celle du concerto n°1, a été créé à Vienne en 1795 avec à la direction d’orchestre… Salieri ! Plutôt prestigieux comme création.

Enfin on termine après l’entracte avec une autre oeuvre de Beethoven, Egmont. On parle de musique de scène pour cette oeuvre divisé en neuf parties, d’après un texte de Goethe, rien que ça, et qui traite de l’histoire du comte d’Egmont, premier nationaliste néerlandais, décapité pour avoir lutté pour l’indépendance de son pays et les principe de liberté. Il s’agit d’une oeuvre impressionnante de Beethoven avec une ouverture formidable, puissante et narrative, où l’on retrouve les codes beethovéniens, puis plusieurs parties pour soprano, récitant et orchestre.

Pour la soprano : Omo Bello, jeune et belle soprano franco-nigérienne, nommée dans la catégorie révélation lyrique aux prochaines Victoires de la musique classique et dont la voix nous enchante pour sa puissance et son éclat. Elle sera de retour au Théâtre des Champs-Elysées cet été dans L’italiana in Algeri de Rossini.
Avec elle sur scène Marcial di Fonzo Bo, comédien et metteur en scène d’origine argentine, ancien collaborateur d’Alfredo Arias. Il a récemment mis en scène Cosi fan tutte pour l’Opéra de Dijon.
Au piano pour le concerto de Beethoven, on retrouve le pianiste américain Stephen Kovacevich qui de Tokyo à Verbier en passant par Paris et Montréal a une carrière internationale exceptionnelle. Cet ancien compagnon de Martha Argerich a notamment enregistré une anthologie des œuvres de Schubert.

Enfin, à la baguette John Nelson, ancien de la Juilliard School, véritable perfectionniste de la musique et infatigable chef d’orchestre qui ne dirige qu’entièrement habité par l’oeuvre loin, très loin de se ménager. Il est directeur musical honoraire de l’Orchestre de Chambre de Paris, avec qui il se produit ce soir. Anciennement Ensemble Orchestral de Paris, cet ensemble n’est pas notre préféré mais a déjà su nous surprendre.

Avant le début du concert, John Nelson tient à rendre hommage à Claudio Abbado « pas seulement un grand chef d’orchestre mais un grand homme » et lui dédie le concert.

L’ouverture de Méhul est un succès. L’oeuvre en elle-même est vivante et ludique et c’est exactement l’impression que John Nelson arrive à dégager. Le chef est quasi dansant sur son estrade. 100% investi, il confirme ce que nous pensions de lui à savoir un chef très impliqué. Les cordes sont unies et donnent à l’oeuvre le souffle qu’elle mérité. Les cors ont pour nous une légère faiblesse mais on ne s’y arrête pas et l’on garde une très bonne impression de cette ouverture.

Le concert se poursuit avec le concerto pour piano n°2 de Beethoven et Stephen Kovacevich au piano. Au début de la pièce l’orchestre offre une belle exposition de thème, toujours avec un John Nelson très pertinent qui donne une belle nervosité à la partition. Le soliste nous donne l’impression d’avoir une certaine assurance, celle de l’homme d’expérience, et semble avoir une belle entente avec le chef.
Mais cette impression est de courte durée face aux imprécisions à répétition du pianiste. Dans le second mouvement notre attention est désormais centrée sur le chef qui vraiment dirige avec un doigté précis et une vision poétique. Stephen Kovacevich continue de ne pas nous convaincre.
Dans le dernier mouvement, rien à faire, le pianiste américain ne nous séduit pas et ce même s’il y a moins d’imprécisions dans son jeu que dans le premier mouvement. Il ne se dégage rien de son interprétation.
En rappel un « Bach » annoncé d’une voix grave et sombre. Même pour cette courte pièce, Stephen Kovacevich ne nous épargnera pas ses grognements.

Après l’entracte on s’attaque à Egmont de Beethoven d’après un texte de Goethe adapté par Leslie Kaplan. Marcial di Fonzo Bo, le récitant, ouvre l’oeuvre sur la question « un homme libre c’est quoi? » et qui conclue en apportant la réponse « Egmont« . La fameuse ouverture démarre… Et en quelques secondes on oublie l’ennui précédent provoqué par le concerto de Beethoven. Quel souffle ! On entre tout de suite dans le sujet avec puissance et sans lourdeur. On a enfin la chair de poule. John Nelson est ici à la fois homme orchestre, sur tous les fronts, bondissant, hyperactif, et chirurgien avec une précision extraordinaire.
La soprano Omo Bello est juste et brillante. On succombe et l’on regrette qu’il n’y ait pas plus de parties pour soprano dans l’oeuvre. Le récitant par contre est très tendu tout au long de la pièce. Dommage.
Le final donne une conclusion éclatante au concert et finit de nous convaincre, enthousiaste.

Un immense bravo à John Nelson !

Au Théâtre des Champs-Elysées la dernière fois, voilà ce que nous avions écouté.

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