Concert : Salle Pleyel, Révolutions avec l’ONDIF, Enrique Mazzola et Cédric Tiberghien

© Louisleclassique

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Un mercredi soir Salle Pleyel. Un programme ambitieux et un orchestre de très grande qualité l’Orchestre National d’Île de France, ONDIF pour les intimes.

Cet orchestre a pour belle mission la diffusion de la musique au plus grand nombre sur l’ensemble du territoire régional et pas seulement dans les grandes salles parisiennes. Doté d’une très belle structure (la maison de l’orchestre à Alfortville), il offre des programmes variés et éclectiques, en témoigne le concert en septembre dernier avec le DJ Jeff Mills à la Salle Pleyel.

A la direction musicale depuis 2005, Yoel Levi a laissé les rênes de la formation au plus jeune et moins académique Enrique Mazzola. Chef lyrique, symphonique, tant classique que contemporain, lunettes rouges et accent ravageur, il dirige de manière ferme et amoureuse à la fois. Vif et tendre, les partitions restent rarement de marbre sous sa direction. On se l’arrache de plus en plus.

Enfin, au piano, le beau et talentueux Cédric Tiberghien, pianiste français, récemment sélectionné parmi les BBC New Generation Artists. A bientôt 40 ans, il n’en paraît que 30 à peine. Couvert de prix dès son plus jeune âge, il parcourt le monde et multiplie les collaborations avec les orchestres de Tokyo, Israël et Picardie.

Au programme donc le concerto n°1 pour piano et orchestre de Beethoven. Décidément la Salle Pleyel aime bien ce concerto, joué la semaine dernière par Lars Vogt (que l’on adore). Ce concerto est en réalité le second concerto composé par Beethoven, mais le premier publié. Partition en trois mouvements, ce concerto, s’il est encore très mozartien, bouscule les rapports piano/orchestre.

Mais le programme, loin de se limiter aux grands classiques du répertoire, fait la part belle à la musique contemporaine et même à la création. Le concert présente également une commande de l’orchestre, un hommage à Copernic, Mover of the Earth, de la compositrice dano-ukrainienne résidant aux Pays-Bas, Svitlana Azarova.

Autre oeuvre contemporaine, Katyn Epitaph du compositeur polonais Andrzej Panufnik. Musique rendant hommage aux victimes du massacre de Katyn (1940) : « J’ai composé Katyn Epitaph pour exprimer mon chagrin face au monde occidental qui autorise l’oubli de ce crime et je dédie cette oeuvre à la mémoire de mes 15000 patriotes polonais qui ont été massacré alors qu’ils étaient sans défense, et qui n’avaient commis comme seul crime que de vouloir défendre leur propre pays« .

Enfin le concert se termine par la Symphonie n°3 de Tchaïkovski dite « Polonaise ». Si le concert est intitulé « Révolution » il aurait presque aussi pu s’appeler « Polonaise »! Symphonie en cinq mouvements ce qui bouscule un peu les codes encore une fois. Son cinquième mouvement adopte le rythme d’une polonaise ce qui lui vaut son surnom. Tchaïkovski compose cette symphonie en 1875 rapidement après avoir composé la première et la seconde et alors qu’il vient d’obtenir un poste au conservatoire de Moscou.

Le décor est posé? Alors on y va.

Première oeuvre au programme, Katyn Epitaph. Des allures de musique de film, le tout dirigé de manière très lyrique par Enrique Mazzola, très habité. La montée dramatique est superbe. Un bravo tout particulier aux flûtes et au premier violon qui démarre l’oeuvre et impose le silence. Pour la suite, toujours le contemporain, Mover of the Earth de Svitlana Azarova. Exaltant, mais le chef est légèrement dépassé par l’oeuvre, ou en tout cas c’est ce qu’il semble. La partition est surprenante et inhabituel mais n’est pas inoubliable.

Après un salut de la compositrice, on attaque le coeur du programme, le concerto pour piano et orchestre n°1 de Beethoven avec Cédric Tiberghien au clavier. Le démarrage est poussif, le pianiste ne semble pas tout de suite à l’aise. C’est sûrement pour mieux se dévoiler au fur et à mesure. Si on pourrait dénoncer un trop plein de gestes (il manque par deux fois de tomber de son siège), le jeune virtuose propose néanmoins une interprétation lumineuse. On en a le souffle coupé, ça ne s’arrête jamais. Certes le musicien est servi par la musique, et on peut difficilement rester insensible à ce concerto. Les difficultés techniques sont là et Cédric Tiberghien chute parfois. Mais le résultat est convaincant. Au niveau de l’orchestre Enrique Mazzola écrase les cordes avec les vents, dommage.

Après un deuxième mouvement tout en subtilité dans lequel le soliste nous montre à la fois sa fragilité et sa fougue, le troisième mouvement nous remet dans le tourbillon beethovénien et cette fois, le chef tonifie à juste titre la partition.

Un rappel un peu inutile, un entracte plus tard, le concert redémarre avec l’imposante symphonie n°3 de Tchaïkovski. Imposante car en cinq mouvements, d’une durée de 45 minutes. Belle maîtrise, les musiciens, toujours dirigés comme à l’opéra par un très mouvementé Enrique Mazzola, font preuve d’une grande stabilité. Un reproche peut-être, l’interprétation est sans surprise. Mais si le résultat est lisse il est loin d’être terne, rien à redire, tout est juste, tout est beau. 

Un autre reproche au concert : sa durée et son contenu un peu trop riche. Mais nous avons passé une excellente soirée, et avons eu le concerto de Beethoven dans la tête jusqu’au lendemain matin.

Dimanche Louis était aussi de sortie !

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2 thoughts on “Concert : Salle Pleyel, Révolutions avec l’ONDIF, Enrique Mazzola et Cédric Tiberghien

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