Traviata, Carmen et Médée, trois femmes, trois scandales à l’opéra

©  Guillaume Lavaure - Flickr

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Mais que se passe-t-il ? Trois opéras, trois salles et trois scandales. Nous avons déjà évoqué Carmen à l’opéra Bastille mais c’est quasiment simultanément que s’est déclenché un autre scandale parisien lors de la première de Médée de Cherubini au Théâtre des Champs-Elysées.

Les choix de mise en scène de Krzysztof Warlikowski ont dérangé. Médéé est représentée en Amy Winehouse, maquillée comme une voiture volée, juchée sur de très hauts talons. Mais pour André Tubeuf, qui signe une critique assassine, cette mise en scène « plate et pédantement télévisuelle », ne pose pas tant de problèmes que ça. Il s’attarde par contre plus sur les faiblesses vocales de Nadja Michael (Médée) et la sonorisation de la production.
Bref le soir de la première, entre l’acte I et l’acte II est diffusé un air très sixties de Neil Sedaka, « Oh Carol » et là c’est trop pour le public du théâtre. « J’ai payé pour de l’opéra », « Il y a des théâtres pour ça » peut-on entendre dans la salle. Il faut l’intervention du chanteur Vincent Le Texier qui lance aux perturbateurs « En effet, il serait préférable que vous partiez », pour un retour à la normale.

Cette Médée est une production du Théâtre Royal de la Monnaie à Bruxelles. Et que se passe-t-il en ce moment à côté de la place de Brouckère ? Une autre figure de femme, Violetta, la Traviata, déchaîne les passions. Cette fois pas de twist ou d’Amy Winehouse au cœur du débat mais une crudité choquante dans la mise en scène qui va jusqu’à représenter… une scène de pédophilie. A cela s’ajoute prostitution, nudité… « L’implication d’une fillette dans cet univers de la perversité est inacceptable et frise la maltraitance » d’après le quotidien belge Le Soir. « Une soirée sado-maso-pédophile, où les solistes se massent l’entrejambe, chevauchent des filles rampantes quasi nues à collier de chien, défèquent dans une coupe dont le contenu a servi à barbouiller, juste avant, les joues d’une grisette même pas sortie de l’enfance » nous détaille Le Vif en criant au chef d’œuvre. Et les metteurs en scène de voler au secours d’Andrea Breth qui met en scène cette Traviata conspuée : Olivier Py, Romeo Castellucci et surtout Krzysztof Warlikowski, encore lui, qui signe son éditorial « Aveuglement et ignorance » en le concluant comme suit : « ceux qui se posent avec inquiétude la question de savoir où se situent les frontières de l’art ne manifestent qu’une seule chose : leur ignorance ». Ambiance!

Et tout ça quand la Bastille est secouée par le scandale de Carmen, qui après le descriptif de la Traviata paraît bien innocente. Anna Caterina Antonacci, Carmen à la Bastille, est revenue sur France Musique hier midi sur la première très chahutée. « J’ai souffert, j’ai souffert beaucoup« , « Je me suis posé beaucoup de questions« , « Je ne suis pas une chanteuse pour Bastille peut-être » et Lionel Esparza de soutenir la chanteuse en soulignant que Bastille n’est pas du tout adapté pour Carmen, créée à l’Opéra Comique.

Bon, on sonne la récréation. Que se passe-t-il ?
L’objectif des mises en scène choquantes semble simple. D’abord chercher à bousculer une œuvre classique jouée des centaines, des milliers de fois depuis plusieurs siècles pour certaines. Et ensuite, de montrer qu’une œuvre lyrique considérée comme vieillotte, peut finalement être présentée comme un reflet du monde actuel, parallèle entre deux époques qui finissent par se rencontrer.
Ok, alors à partir de là on accepte Carmen à l’époque d’Almodovar, Médée en Amy Winehouse et Violetta en prostituée SM sur le retour au nom de la recherche artistique. Mais est-ce suffisant ? Il semble facile de transposer une œuvre à une autre époque et surtout insuffisant. La pauvre Carmen a déjà eu droit à la danseuse du Crazy Horse, la femme de soldat, et maintenant l’égérie de la Movida. Demain ? Marianne sur les barricades ? Une boulangère de quartier ?

Personnellement, Louis a deux facettes. D’un côté nous apprécions terriblement la tradition, le respect de la partition et de l’œuvre comme témoignage de son temps. Mais d’un autre, nous adorons repousser les frontières d’une œuvre et nous le redisons ici, Carmen d’Olivier Py à Lyon nous avait bouleversé.

Le public ressent-il actuellement le besoin d’un retour à plus de classicisme ? Ce qui est sûr c’est que comme dans les arts plastiques, choquer pour choquer n’apporte rien. S’il y a une limite, elle est là. Alors vive l’audace, réfléchie et avec un propos artistique intéressant.

Carmen, chronique d’un scandale, c’est à relire ici.

 

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2 thoughts on “Traviata, Carmen et Médée, trois femmes, trois scandales à l’opéra

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