Concert : soirée russe Salle Pleyel, Mikhaïl Pletnev, Sergej Krylov et l’Orchestre National de Russie

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La Russie était à l’honneur samedi soir salle Pleyel. Compositeurs, orchestre, chef et soliste, tous russes ! Louis, très sensible à cette thématique a bien évidemment écouté ce concert et vous propose son compte-rendu.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’Orchestre National de Russie est une structure privée. Véritable institution en Russie, l’orchestre a une discographie très abondante et est régulièrement invité dans les festivals du monde entier.
A la baguette Mikhaïl Pletnev, fondateur de l’Orchestre National de Russie. A la base virtuose du piano (comme Rachmaninov et Scriabine) il crée l’orchestre à 33 ans dans une Russie à peine sortie du communisme.
Enfin, Sergej Krylov est un grand violoniste russe. Il démarre l’apprentissage de l’instrument à 5 ans et joue pour la première fois avec un orchestre à l’âge de 10 ans. En plus d’être un virtuose Sergej Krylov est le directeur musical de l’Orchestre de Chambre de Lituanie et enseigne le violon dans un conservatoire en Italie, pays où il réside depuis plusieurs années.

Sergueï Prokofiev est un compositeur russe du XXème siècle. Inspiré, bouillant, déroutant… sa musique est puissante et originale. Son premier concerto pour violon par exemple, qui fait partie des œuvres de jeunesse du compositeur (il n’a même pas 30 ans), adopte une forme nouvelle : observez comme dès le début, le violon s’impose quand traditionnellement, l’orchestre participe à l’introduction. Chercheur de la musique Prokofiev est novateur et avant-gardiste.
Contemporain de Prokofiev, russe également, et portant le même prénom, on pourrait quasiment écrire la même chose pour Sergueï Rachmaninov. Ce dernier a composé des concertos pour piano d’une exceptionnelle puissance mais ici c’est avec un poème symphonique qu’on pourra l’apprécier dans ce programme. L’île des Morts est inspiré d’un tableau du peintre suisse Böcklin représentant le passage à trépas reprenant des thèmes de la mythologie avec la barque sur le Styx et Charon qui conduit les morts d’une rive à l’autre.
Et enfin, pour finir le programme, encore un russe, encore un chercheur et un précurseur Alexandre Scriabine. Né en 1872, un an avant Rachmaninov, il mourra par contre beaucoup plus jeune (1915 contre 1943 pour Rachmaninov et 1953 pour Prokofiev). Grand amateur de philosophie, son Poème de l’Extase est une œuvre pour orchestre qui était à l’origine précédée d’un poème sur l’esprit, ses douleurs et ses joies.

Avec Prokofiev le concert démarre fort. Une technicité qui frôle l’impossible avec au-delà de l’aspect purement pratique, une grande place laissée à l’interprétation. Le soliste lutte avec son instrument et cette lutte est belle à entendre. Un deuxième mouvement très impressionnant qui semble laisser le violoniste presque K.O. L’orchestre manque peut-être un peu d’audace et frise avec la monotonie, un peu trop confiant avec une partition qu’il semble connaître par cœur mais tout en restant régulier et juste. Dans le troisième mouvement Sergej Krylov manque à son tour d’un peu de folie mais il faut reconnaître qu’il a déjà beaucoup à faire avec la partition et qu’il ne démérite pas, loin de là. Une interprétation solide dans l’ensemble qui manque juste d’un petit grain de folie.
En rappel, comme si le violoniste n’avait pas eu suffisamment de difficultés techniques à surmonter pendant le concerto de Prokofiev, le voilà qui se lance dans une version pour violon seul de la Toccata et fugue de Bach… Impressionnant !
Et il revient encore une fois ! Et cette fois ? Quelque chose de plus simple ? Un Caprice de Paganini ! Sergej Krylov n’a peur de rien. A notre avis, il a dû bien dormir le soir après le concert.

Avec l’œuvre de Rachmaninov, on se doute bien qu’on va entrer dans des thèmes plus lugubres. L’Île des Morts est un très beau poème symphonique aux thèmes proches d’une marche funèbre. Oppressant, inquiétant… l’orchestre respecte parfaitement les couleurs de l’œuvre mais encore une fois, manque d’un peu d’originalité et avance en terrain connu sans chercher à surprendre au risque de flirter avec l’ennui. Mais bon finalement faut-il toujours chercher à innover ?

Peu de légèreté dans ce programme… Après le concerto compliqué de Prokofiev et la partition sombre de Rachmaninov, il faut rester concentré pour Scriabine. Œuvre profonde, on est finalement content que l’orchestre reste simple cette fois dans l’exécution ce qui permet de mieux apprécier la ligne conductrice. Très inspiré, le chef semble apprécier ce Poème de l’Extase. Nous aussi, pour son côté ombre/lumière, et ses mélodies entêtantes. Bravo à l’orchestre pour sa constance.

Une valeur sûre ce concert. A réécouter sur le site de la Cité de la Musique.

La musique russe était aussi à l’honneur au Théâtre de l’Athénée il y a quelques semaines, nous y étions.

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