Concert : Les couleurs de Schumann à la Cité de la Musique (Angelich, Nézet-Séguin, Chamber Orchestra of Europe)

© gelinh – Flickr

Hier nous vous parlions de la présence à Paris du Chamber Orchestra of Europe qui a donné trois concerts à la Cité de la Musique. Nous en avons sélectionné deux, celui du 3 novembre avec Renaud Capuçon dont nous avons fait la critique hier et celui du 4 novembre avec Nicholas Angelich dont nous vous parlons aujourd’hui.

A la baguette, toujours le jeune et talentueux Yannick Nézet-Séguin fougueux sans excès, investi sans en faire trop. Face à lui l’excellent Chamber Orchestra of Europe et derrière lui au piano le très grand Nicholas Angelich.

Couvert de prix dès son jeune âge, Nicholas Angelich représente ce que nous aimons chez les solistes. Concentration, justesse, élégance, loin, très loin de la théâtralisation à la Lang Lang ou de la sévère et ultra technique école russe. Ces enregistrements de Brahms et Bach font référence. C’est toujours un plaisir de le retrouver.

Le concert est consacré à Schumann, compositeur romantique allemand de la première moitié du XIXème siècle. Pour l’anecdote, le compositeur voulait se lancer dans une carrière de soliste. Il avait inventé un dispositif mécanique à poser sur sa main droite pour la rendre plus performante. Hélas cette machine lui paralysera la main et mettra un terme à sa carrière au profit de la composition. Bien entendu, l’âme perturbée de Schumann ne s’en remettra pas et il traversera une profonde dépression.

On démarre comme la veille avec une ouverture. Il s’agit de l’ouverture de Genoveva, l’unique opéra composé par Schumann. L’histoire est inspirée d’un conte médiéval un peu vieillot et misogyne. Alors qu’il part pour les croisades, un chevalier confie sa femme, Genoveva, à son serviteur. Ce dernier est amoureux d’elle mais ce n’est pas réciproque. Furieux de cette absence de réciprocité, il fait croire à un adultère de Genoveva avec un autre serviteur. Ayant vent de cette tromperie, le chevalier ordonne la mort de sa femme, mais, ouf, à la fin il découvre le stratagème de son serviteur et Genoveva a la vie sauve.
Larmoyant, lent et nostalgique, bref magnifique. Ces ouvertures de Schumann sont vraiment des pépites, remercions le Chamber Orchestra of Europe de nous avoir fait découvrir ces rapides pièces.
Des accents beethovéniens dans cette courte partition tellement romantique.

Le concert se poursuit avec le très fameux concerto pour piano et orchestre en la mineur. Au clavier, Nicholas Angelich (qui s’est laissé pousser les cheveux, dans un style très schumannien finalement). Pour Louis, l’attaque de ce concerto est l’une des plus belles du répertoire. Une décharge électrique, qui nous tend soudainement avant que le thème soit développé avec plus de douceur. Pari réussi pour le pianiste et l’orchestre. Ce dernier, incisif, d’une grande précision et clarté, est parfait. Nicholas Angelich montre parfois une certaine « sécheresse » dans son toucher cassant un peu l’écoulement mélodieux des notes mais nous mettrons ça sur le compte du temps nécessaire pour rentrer dans l’œuvre. Par contre, passez-nous l’expression, mais quand il s’agit de s’enflammer et d’exécuter les envolées dramatiques, Nicholas Angelich est tout ce qu’il y a de plus pertinent et ce avec une sobriété et une élégance que peu de solistes ont.
Le premier mouvement est une belle réussite. Dans le deuxième où l’orchestre prend des allures de soliste et dialogue avec le piano avant de lui laisser plus de place, l’équilibre est très juste. Une conclusion énergétique avec le troisième mouvement, qui vaut à l’orchestre, au chef et bien sûr à Nicholas Angelich une belle ovation, méritée.
En rappel, Nicholas Angelich reste dans le thème et nous propose la célèbre « Rêverie » de Schumann. D’une délicatesse extraordinaire, le pianiste nous entraîne avec lui. On est presque gêné, on a le sentiment d’entrer dans l’intimité de Nicholas Angelich tant il fait preuve de douceur.

Puis, pour terminer, la Symphonie n°2. Les cuivres ont une belle place au début de l’œuvre. Original et donnant des allures très solennelles. Une lente montée en puissance, qui crée comme un suspens… L’orchestre propose ensuite un tableau, très chromatique dans l’exécution et ça marche. Avec classe, Yannick Nézet-Séguin, gesticule, sourit, fronce les sourcils, ferme les yeux… On y est. Et tout ça rien que dans le premier mouvement !
Le deuxième rapide et énergétique précède un troisième lent et le contraste des deux est très bien respecté par les musiciens qui jouent sur les deux nuances. Enfin un quatrième mouvement qui vient conclure cette symphonie et cette soirée avec des allures de final quasi hollywoodien. Le chef a un sourire béat, au moment des dernières notes, et nous aussi.

Très belle soirée à revivre sur le site de la Cité de la Musique. La veille une autre soirée Schumann avait déjà eu lieu.

Et Nicholas Angelich on vous en avait déjà parlé.

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