La Philharmonie de Paris : les inquiétudes du Sénat

© Pierre Metivier – Flickr

Le Sénat a rendu public un rapport d’information sur le chantier de la Philharmonie de Paris, cette future grande salle au nord de Paris. Et le rapport démarre en posant la question : pourquoi la Philharmonie ?

Les débuts du rapport déçoivent, et enfoncent des portes ouvertes. Les orchestres parisiens sont classés, l’Orchestre national d’Île-de-France étant ainsi catégorisé comme « orchestre de qualité quoique moins prestigieux » que l’Orchestre national par exemple. Et de continuer en spécifiant que les orchestres parisiens ne se situent pas dans le classement des vingt meilleurs orchestres mondiaux et ce en partie à cause de l’absence d’un grand auditorium à Paris puis de faire une comparaison avec l’Allemagne et l’Angleterre entre autres. Raccourcis un peu rapide… Déjà qu’entend-on par « meilleurs orchestres mondiaux » ? Et puis comment faire des comparaisons ? Il faut prendre en compte le statut des musiciens, les régimes sociaux, les actions de sensibilisation… Sur tous ces aspects, pas un mot.

Après avoir fait un point sur la situation du site, les avantages et inconvénients du nord-est parisien, le rapport entre dans les détails de la salle. On apprend notamment que la grande salle (2400 places en disposition symphonique) sera, comme à Berlin, de type « enveloppante » c’est à dire que les places assises entoureront la scène limitant ainsi la distance entre spectateur et chef d’orchestre (au maximum 32m tout de même). Six salles de répétitions et dix studios compléteront ce dispositif, ce qui est considérable. Pôle pédagogique, galerie d’exposition, salle de congrès, foyer des musiciens… On a déjà envie d’y être.

Logiquement, le rapporteur pose la question de savoir s’il fallait voir si grand avec la salle modulable et tous ces équipements quand la Cité de la Musique est toute proche. Nous pensons que oui, quitte à construire une nouvelle salle à Paris il ne sert à rien de refaire une salle comme Pleyel et autant effectivement s’inspirer des grands auditoriums mondiaux même s’il est certain qu’à l’heure de la crise et des restrictions budgétaires, les dépenses engagées font tâche.

Belle transition puisque le rapport continue avec sa deuxième partie et rentre dans le vif sujet critiquant les grosses faiblesses (déjà) du mode de fonctionnement de la Philharmonie, du pilotage financier et du suivi des travaux avec le rôle des différentes tutelles. La perte de temps quant au choix de statuts juridiques, de maîtrise d’ouvrage… a provoqué des retards et des coûts supplémentaires. En entrant dans le détail des retards on apprend qu’en tout, ce sont deux ans de retard qui ont été pris. Puis on découvre les chiffres précis : d’abord évalué à un coût de réalisation entre 100 et 150 millions d’euros on en est aujourd’hui à plus de 380 millions d’euros de dépense. Là on doit vous avouer qu’on survole les pages détaillant les causes de cette formidable inflation parce que peu importe. Une telle différence est scandaleuse.

Enfin, la troisième partie interroge sur la capacité de la Philharmonie à trouver son public. C’est ce qui nous semble le plus problématique. L’offre est déjà généreuse (Pleyel, Théâtre des Champs-Élysées…) et surtout Radio-France va aussi se doter prochainement d’un grand auditorium. Le public de ces salles se rendra-t-il à la Philharmonie ? Comment harmoniser les offres ? Une remarque nous vient très rapidement à l’esprit : il serait temps de se poser ces questions !

Après avoir fait le constat du vieillissement du public des concerts de musique classique (ce n’est pas un scoop) on finit par apprendre quelque chose : la construction de la Philharmonie provoque une réflexion sur la salle Pleyel. En gros, que faire de la salle Pleyel ? Dans l’état actuel, elle risque de faire concurrence à la future Philharmonie. Alors on pense à spécialiser Pleyel dans le jazz, la musique amplifiée. A voir…

Ce qui est surprenant dans ce rapport c’est l’immense flou qu’il y a autour de cette Philharmonie. Forme juridique, budget, programmation… Et c’est plutôt choquant quand on voit les sommes engagées ! Mais le rapport reste un peu décevant, ne va pas dans les détails et ne donnent pas vraiment de droit de réponse aux acteurs de ce projet (État, Ville, Cité de la Musique…). Et on insiste : il était temps de se poser ces questions.

Soit beaucoup de questions sont réglées dans les couloirs feutrés du ministère de la Culture et des éléments nous échappent soit réellement, il y a une grande incompétence dans la gestion de ce dossier. Voilà de très nombreuses années que le projet est discuté, débattu, et là aujourd’hui il semblerait que l’on découvre qu’il y a d’autres salles de concert à Paris, on se demande quel mode de fonctionnement choisir, on dépense des centaines de millions d’euros en plus, on se demande quoi faire d’un équipement aussi prestigieux que la salle Pleyel…

Souhaitons que le démarrage de la Philharmonie mette fin à toutes ces errances. Pour avoir une vision complète, relisez le descriptif de la salle Pleyel !

 

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4 thoughts on “La Philharmonie de Paris : les inquiétudes du Sénat

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