Concert : le Cercle de l’Harmonie aux Bouffes du Nord. Des mythes et des notes

© Adam Gut – Flickr

 

Louis était de sortie hier soir. Au nord de Paris existe un théâtre au charme particulier, au milieu des restaurants de cuisine indienne, derrière la gare du Nord : le théâtre des Bouffes du Nord. Hier soir cette salle à la programmation très éclectique accueillait quelques musiciens du Cercle de l’Harmonie, accompagnés de quatre solistes pour des extraits de l’opéra Atys en version concert.

L’histoire, très vulgarisée, donnerait ça : la déesse Cybèle aime Atys qui aime Sangaride qui l’aime aussi mais qui est promise au roi Célénus. Tout le monde suit ? On continue.
Quand Cybèle découvre l’amour d’Atys et Sangaride, elle décide de se venger. Elle rend Atys fou, il tue Sangaride la prenant pour un monstre. En revenant à la raison, face au cadavre de sa bien-aimée, réalisant son acte il décide de se donner la mort. Dans la mythologie, il se donne la mort de manière assez fantaisiste, en s’émasculant, et de son sang jaillira un arbre, le pin. On ne plaisante pas avec la mythologie.

L’œuvre était hier soir présentée dans la version de la fin du XVIIIème siècle du compositeur Niccolò Piccinni. Il s’agit en fait d’une nouvelle version de l’opéra de Lully composé un siècle plus tôt. La pratique est fréquente à l’époque.
Niccolò Vito Piccinni est un compositeur italien du XVIIIème siècle. Célèbre de son vivant, il fut également, pour l’anecdote, professeur de chant de la Reine Marie-Antoinette. Il a composé environ 130 opéras !
Il est peu connu aujourd’hui. Sa carrière a souffert d’une rivalité artistique avec le grand Christoph Willibald Gluck. Ils finirent par s’affronter dans un combat ultime en composant chacun un Iphigénie en Tauride et c’est Gluck qui en sortit vainqueur. Le pauvre Piccini, modeste et discret, a été entraîné dans cette lutte sans le vouloir et les deux compositeurs n’ont cessé de se respecter et s’admirer profondément.
On prête à Piccini un génie tant dans l’opéra classique que dans l’opéra bouffe (certains y voient même un précurseur de Rossini). Il a profondément marqué l’opéra classique français.

Du coup, vous l’aurez compris, hier soir était une soirée rare, d’autant plus que le choix artistique était celui de présenter un « résumé » de l’œuvre, en version concert (sans costume ni décor) et avec seulement huit musiciens : deux violons, un alto, un violoncelle, une contrebasse, une flûte, un hautbois et un basson. Le programme nous explique qu’il s’agissait d’une pratique à la Cours de Versailles.

Nous n’avons pas été déçu.
Alors on ne vous cache pas qu’il faut rentrer dans l’œuvre. Une version concert, ça n’aide pas, l’aspect brut du théâtre des Bouffes du Nord non plus. Mais une fois enveloppé de l’œuvre on ne peut qu’apprécier la finesse des musiciens du Cercle de l’Harmonie qui comme à leur habitude, sont d’une discrétion, d’une classe qui frise l’excellence. Julien Chauvin, cofondateur de l’ensemble avec Jérémie Rhorer, dirige sans diriger, tout semble parfaitement fluide pour le spectateur.
Les quatre solistes sont vocalement d’une clarté éblouissante. Un léger bémol pour la mezzo-soprano, Marie Kalinine (Cybèle) qui interprète avec beaucoup de manières les airs de la déesse. Mais Mathias Vidal (ténor, Atys), Aimery Lefèvre (baryton, Célénus) et surtout Chantal Santon (soprano, Sangaride) brillent par leurs interprétations.
Le final est superbe, les quatre voix s’unissent, a cappella, le public est silencieux comme pour une méditation. On ose à peine respirer.

Ambiance très intimiste, la salle n’est que très partiellement remplie mais ce qui ajoute encore plus au respect de l’œuvre et au silence.
Par contre, le programme distribué à l’entrée est très mal fait. Si on nous explique la vie du compositeur et son cheminement pour l’écriture de l’opéra, aucun détail n’est donné sur le livret et sur l’histoire qui va se dérouler sous nos yeux. Dommage.

Le Cercle de l’Harmonie on vous en a déjà parlé lors du Festival d’Aix en Provence l’été dernier.

Advertisements

One thought on “Concert : le Cercle de l’Harmonie aux Bouffes du Nord. Des mythes et des notes

  1. Ping : Concert : la musique russe à l’Athénée Théâtre Louis Jouvet, Orchestre de Chambre Nouvelle Europe « louisleclassique

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s